janvier 19

Simone Weil et l’impossible avenir de l’art

« L’art n’a pas d’avenir immédiat parce que tout art est collectif et qu’il n’y a plus de vie collective (il n’y a que des collectivités mortes), et aussi à cause de cette rupture du pacte véritable entre le corps et l’âme. L’art grec a coïncidé avec les débuts de la géométrie et avec l’athlétisme, l’art […]

décembre 27

Au nom de la jeunesse

Par Jean Béhue 24 décembre 2016 Partout et de tous temps, la jeunesse porte en elle le germe de tous les possibles. Être jeune c’est être dominé par un instinct naturel. Cet instinct d’individuation aussi intime qu’universel. Cet instinct qui pousse chaque enfant à vouloir voler de ses propres ailes, à partir en quête de […]

décembre 16

Jades, des empereurs à l’Art Déco – Musée Guimet – jusqu’au 16 janvier

Lao Tseu disait « qui accumule en sa maison l’or et le jade ne pourra en défendre l’entrée ». Le musée Guimet ne fait pas exception : cette vénérable maison attire les foules d’amateurs d’art et de belles pierres depuis qu’une collection de jades y a trouvé, pour un temps, refuge. Ce sont des montagnes et des lits des rivières du Xinjiang que les Chinois tirèrent dès le néolithique maints galets massifs de jade aux nuances blanchâtre, brune, vert sombre, voire d’un mauve de lavande.

décembre 05

Les campagnes perdues de Gustave Roud

« Les paysages étrangement devenus notre propre chair, la mémoire déroulant le ruban des routes parcourues, le soir aux tièdes auberges de l’été, l’âme qui épouse à jamais la détresse ou le délire des oiseaux, une présence de fleur dans l’absolu de son être soudain saisi : ici se conjuguent toutes les formes du rapt, même […]

décembre 05

Cette relique très-précieuse qu’est la vie intérieure

    « Dire vie intérieure, c’est affirmer que nous portons en nous une vie que nous ne recevons pas du dehors, mais qui naît de ce qu’il faut appeler, faute d’un autre mot, le dedans ; — c’est affirmer que notre être extérieur, saisissable et visible, notre être de relation, n’est pas le tout ni […]

décembre 05

Simone Weil évangéliste

    « On fait tort à un enfant quand on l’élève dans un christianisme étroit qui l’empêche de jamais devenir capable de s’apercevoir qu’il y a des trésors d’or pur dans les civilisations non chrétiennes. L’éducation laïque fait aux enfants un tort plus grand. Elle dissimule ces trésors, et ceux du christianisme en plus. La […]

décembre 05

Une société qui n’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas

« La crise de l’enseignement n’est pas une crise de l’enseignement ; il n’y a pas de crise de l’enseignement ; il n’y a jamais eu de crise de l’enseignement ; les crises de l’enseignement ne sont pas des crises de l’enseignement ; elles sont des crises de vie ; elles dénoncent, elles représentent des crises […]

décembre 05

Charles Péguy n’aimait guère les manuels scolaires

« Il ne faut pas que l’instituteur soit dans la commune le représentant du gouvernement ; il convient qu’il y soit le représentant de l’humanité ; ce n’est pas un président du Conseil, si considérable que soit un président du Conseil, ce n’est pas une majorité qu’il faut que l’instituteur représente : il est le représentant-né […]

décembre 05

Les héritiers

« Après les professeurs, et pour employer un qualificatif célèbre qui a fait beaucoup de mal, je voudrais aussi prendre la défense d’une catégorie de personnes qui me paraît absolument indispensable à la transmission de la culture, à sa perpétuation et à sa floraison : je veux parler des « héritiers ». Bien que je n’aie […]

décembre 02

Les vraies richesses

« On a dû te dire qu’il fallait réussir dans la vie ; moi je te dis qu’il faut vivre, c’est la plus grande réussite du monde. On t’a dit : « Avec ce que tu sais, tu gagneras de l’argent ». Moi je te dis : « Avec ce que tu sais tu gagneras des joies. » C’est beaucoup […]

décembre 02

Le bilan de l’intelligence

Le Bilan de l’intelligence sur Amazon « Les conditions de travail de l’esprit ont subi le même sort que tout le reste des choses humaines, c’est-à-dire qu’elles participent de l’intensité, de la hâte, de l’accélération générale des échanges, ainsi que de tous les effets de l’incohérence, de la scintillation fantastique des événements. Je vous avoue que […]

décembre 02

La vraie langue française

« Chaque fois que ma pensée se reporte aux souvenirs de cette province du Valois, je me rappelle avec ravissement les chants et les récits qui ont bercé mon enfance. La maison de mon oncle était toute pleine de voix mélodieuses, et celles des servantes qui nous avaient suivis à Paris chantaient tout le jour les ballades joyeuses de leur jeunesse, dont malheureusement je ne puis citer les airs. J’en ai donné plus haut quelques fragments. Aujourd’hui, je ne puis arriver à les compléter, car tout cela est profondément oublié ; le secret en est demeuré dans la tombe des aïeules. On publie aujourd’hui les chansons patoises de Bretagne ou d’Aquitaine, mais aucun chant des vieilles provinces où s’est toujours parlé la vraie langue française ne nous sera conservé. C’est qu’on n’a jamais voulu admettre dans les livres des vers composés sans souci de la rime, de la prosodie et de la syntaxe ; la langue du berger, du marinier, du charretier qui passe, est bien la nôtre, à quelques élisions près, avec des tournures douteuses, des mots hasardés, des terminaisons et des liaisons de fantaisie, mais elle porte un cachet d’ignorance qui révolte l’homme du monde, bien plus que ne fait le patois. Pourtant ce langage a ses règles, ou du moins ses habitudes régulières, et il est fâcheux que des couplets tels que ceux de la célèbre romance : Si j’étais hirondelle, soient abandonnés, pour deux ou trois consonnes singulièrement placées, au répertoire chantant des concierges et des cuisinières.

décembre 02

Rêvons avec Gérard de Nerval

« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l’image de la mort ; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l’instant précis où le moi, sous une autre forme, […]

décembre 02

Frédéric Bazille, un impressionniste fauché en pleine gloire

Il est des jours où, répondant à l’appel de Jean Giraudoux, je voudrais que la guerre prusso-française de 1870 n’eût pas eu lieu. Certes, on eût évité bien des désagréments. Et un certain Frédéric Bazille, dont l’oeuvre est exposée en ce moment au musée d’Orsay, n’eût pas été fauché en pleine gloire

novembre 21

Poutine-Kasparov: échecs et Mal Tremble, monde libre: “l’hiver vient!”

Dans son dernier pamphlet contre Vladimir Poutine, le « dissident » Garry Kasparov parle de Bien, de Mal, de fin de l’Histoire et de monde libre. Retour vers son futur.

Dans un pamphlet anti-Poutine à l’intitulé apocalyptique, « winter is coming », Garry Kasparov, le célèbre dissident russe exilé aux Etats-Unis, se rappelle avec aigreur de ce jour maudit du 31 décembre 1999 où l’ancien lieutenant-colonel du KGB accéda à la présidence russe : la Russie allait renouer avec ses vieux démons. Voilà que sur la voie de la démocratisation, elle accueillait maintenant à bras ouverts ce personnage ultra-autoritaire qui voudrait « aller buter les Tchétchènes dans les chiottes ». Un homme conquérant, dit-il, qui n’aura de cesse que le vieux bloc soviétique soit reconstitué. Que la « plus grande tragédie géopolitique du 21ème siècle » – la chute de l’empire soviétique – soit enfin vengée. L’annexion de la Crimée ne serait que la première étape de cette Reconquista russe que le « monde libre » – mené par les Etats-Unis d’Amérique et par l’Otan – devra bien se résoudre à combattre. Certes, reconnait-il, Poutine n’est pas tout à fait Hitler, et l’annexion de la Crimée n’est pas tout à fait l’Anschluss, mais on ne saurait faire preuve de trop de prudence à l’égard d’un « dictateur » adepte de la dissuasion nucléaire.

Garry Kasparov n’y a jamais été de main morte : des « marches du désaccord », il en a suivi pléthore, des pancartes « Russie sans Poutine », il en a brandi plus d’une. Quoi que, depuis lors, l’épisode Medvedev et le retour d’une dictature sans fards en 2012 l’aient déterminé à l’exil, il continue de mener ce qui est devenu le combat de sa vie. Il croit à la « fin de l’Histoire » et à la victoire de la démocratie libérale et du capitalisme sur les forces obscures du totalitarisme et du communisme. Il ne peut pas voir en peinture ce mausolée de Lénine qui trône encore au beau milieu de la place Rouge, symbole de l’impunité des sectateurs du communisme. Gorbatchev, il le compare volontiers à Louis XVI ou à Nicolas II – chef d’Etat pusillanime qui tentait de sauver les décombres du communisme, comme les derniers rois ceux de la royauté. Kasparov le verrait bien en commanditaire du Putsch de Moscou. L’octroi du Nobel de la paix au dernier des communistes ? Une hérésie. Ceux qui le dépeignent en héraut de l’effondrement de l’URSS ? Des révisionnistes qui se gardent bien de rappeler que Gorbatchev était partisan du « socialisme à visage humain » d’Alexander Dubcek.

novembre 21

Zainab bint Younus, une féministe salafiste

Zainab bint Younus est un bien curieux personnage. Cette jeune femme d’origine indienne, qui se définit comme « nomade professionnelle, rêveuse indomptée, guerrière voilée, et idéaliste capricieuse », et a grandi entre Vancouver et Victoria, est une féministe salafiste

novembre 14

Capitalisme ou mutualisme ?

J’entends d’ici la plupart des hommes, séduits par une folle avidité : « On en a jamais assez, disent-ils, puisque l’on est estimé qu’à proportion de son avoir ». Que faire à ses insensés ? Interrogeait Horace dans une admirable satire. Les moeurs n’ont pas bien changées depuis le siècle d’Auguste.

Aujourd’hui encore, la soif de l’or excite les foules, fait courir les avocats, divise les familles, et il semble que les temps soient bien loin de nous où cette soif pourra être étanchée. L’accumulation des richesses ou la prodigalité. C’est l’unique question. Au dix-neuvième siècle, l’on dira plutôt : capitalisme ou mutualisme ? Le règne du profit ou bien celui de la gratuité ?

novembre 14

Abu Bakr Al-Baghdadi, un wahhabite exemplaire

Jamais la grande mosquée d’Al-Nuri, au minaret penché, que les habitants de Mossoul comparaient à la tour de Pise, n’avait connu pareil personnage. Un Irakien de la quarantaine, le teint bistre, les lunettes cerclées et la barbe noire bien taillée, le même qui quelques jours plus tôt avait menacé de détruire le célèbre minaret, priait maintenant devant une assemblée de fidèles.

novembre 14

La cyber-radicalisation des «revert muslimah» Du mariage halal au mariage avec Daech

Maria, une jeune anglaise ex-chrétienne s’est mariée dans un milieu islamiste radical. Et ce n’est pas un cas isolé. Portrait de daechiennes.

novembre 14

Le Molenbeek néerlandais existe, Zeegers l’a rencontré. Quand un journaliste de gauche découvre le salafistan

Prenez un journaliste néerlandais bien sous tous rapports. Immergez-le dans une ex-banlieue ouvrière de La Haye devenue un ghetto salafiste. Vous obtenez un livre-témoignage certes édifiant mais qui ne rompt pas vraiment avec la culture de l’excuse …

octobre 18

Un goûter avec Le Sidaner

Vers cinq heures, deux jeunes gens en habits anciens s’engouffrèrent dans un bois de frênes charbonneux et verts avec un panier d’osier bleuissant empli de fruits – pêches, raisins – et de vin du pays. La lumière des après-midi d’arrière-été transperçait la ramure et enluminait l’allée de tâches d’or et de mauve, comme si l’on eût été dans quelque cathédrale encore polychrome où les vitraux eussent été peints de couleurs glauques.

octobre 13

« Soyons médiocres ! » – Le prix Nobel de la chanson

I – À voir la dernière divagation du comité Nobel, on croirait qu’il a pour devise le « Soyons médiocres ! » de Saint-Marc Girardin.

II – Haine de la beauté et de l’esprit : un musicien populaire est couvert de lauriers, et l’on ignore maints poètes et écrivains sublimes. Bob Dylan contre Philippe Jaccottet.

III – Le langage de Bob Dylan n’est pas fort différent du commun langage. Amour des moutons de Panurge.

octobre 10

Paul Gauguin et la course à l’argent

« N’être pas conforme, c’est le grand crime », écrivait amèrement Baudelaire du temps qu’il fréquentait malgré lui la société des grandes fortunes peu charitables qui avaient en haine l’esprit et la beauté. Gauguin devint sur le tard ce grand criminel qui avait commis l’infamie de préférer la recherche de l’absolu à la ruée vers l’or d’un Occident essoufflé.

octobre 07

Voyage dans les oeuvres de Camille Corot, Gérard de Nerval et Alain-Fournier

C’est un chemin sylvestre au sortir de l’hiver ; de longs fûts noirs s’élancent vers un ciel bleu de Chine où les nuages s’amoncellent. Dans la flaque d’eau croupie d’après les pluies de mars, une lumière obscure rayonne d’or pâle entre deux rubans d’écorce verte ; une paysanne en coiffe déverse l’encre de sa robe sur la rive brune, et remplit une aiguière.

septembre 30

La folle destinée de l’urbs : des urbanités romaines à l’urbanisation aliénante

L’urbanité, pour les romains, était une élégance. Ce n’est pas à la campagne que l’on se formait à cette « aimable vertu du commerce », mais à Rome. Ces urbanités romaines, qu’elles fussent marchandes ou mondaines, se pouvaient appeler usage du monde. Les habitudes citadines étaient jugées plus raffinées que celles de la campagne. Rome était une ville fière, opulente, heureuse. Le citadin en villégiature à la campagne emportait avec lui ses habitudes citadines : il urbanisait le campagnard, c’est-à-dire qu’il l’initiait aux arts de la table, et qu’il refaisait la ville à la campagne.

septembre 30

Tintin est réactionnaire

On sait le vieil Hergé démodé, voire destiné à remplir les bibliothèques poussiéreuses des maisons de famille « vieille France » – comprendre un peu rances. Les exploits de Quick et Flupke ou les Aventures de Jo, Zette et Jocko ne sont plus connus que des initiés.

Reste Tintin, déclinaison à succès de Joseph Rouletabille. Le reporter du Petit Vingtième, éternellement jeune, ancien scout à la houppe d’or, a des airs de fils de bonne famille – il séjourne régulièrement au château de Moulinsart

septembre 15

Le projet symboliste de Paul Gauguin : la leçon de Pont-Aven

La fin du XIXème siècle, au peintre et au poète, offrait bien peu de charme et de mystère : le positivisme scientifique, l’industrialisation, et la course à l’argent ne pouvaient aboutir qu’à un art aphone, incapable de remplir sa fonction de médium du monde des idées.

La peinture ne pouvait plus qu’aller de Charybde en Scylla : tantôt elle rivalisait d’exactitude pour préceller la photographie naissante, tantôt elle opposait à cet ennemi formidable sa propre méthode de décomposition de la lumière : l’impressionnisme.

septembre 15

Les pommes de Cézanne retrouvées chez Tintoret

Pourquoi les pommes de Cézanne sont-elles si incomparables ? Parce que, par la beauté de leur ligne, par leur suite luxueuse de couleurs – or, rouge, ocre -, elles s’adressent à l’esprit plus qu’aux sens et s’étrangent du monde matériel – comme les natures mortes de Chardin révèlent la beauté de choses que souvent, nous appelons contingences.

septembre 15

Les grandes fermes solitaires : de Paul Sérusier à Gustave Roud

D’où m’est venu ce persistant amour pour les grandes fermes solitaires perdues dans leurs vergers et leurs prairies, univers clos, les seuls lieux du monde où les dimanches aient encore le goût des vrais dimanches, où l’on puisse trouver parfois cette chose de plus en plus retirée à l’homme : le repos ?

décembre 02

Jean Maurens, La Dépêche du Midi

« Tout est menace, tout est risque, tout est péril. Il n’y a pas que le vin rouge qui échauffe les dangers roulants et qui met les réflexes en danger. Le corps et l’esprit du conducteur sécrètent tant d’élixirs secrets, d’alchimie nerveuse, de toquades et foucades, de manies et lubies, de bêtises et sottises, d’excitations mentales […]