« D’où m’est venu ce persistant amour pour les grandes fermes solitaires perdues dans leurs vergers et leurs prairies, univers clos, les seuls lieux du monde où les dimanches aient encore le goût des vrais dimanches, où l’on puisse trouver parfois cette chose de plus en plus retirée à l’homme : le repos ? D’une enfance passée dans l’une de ces demeures ? Peut-être. Je ne sais, comme j’ignore aussi d’où naît mon bonheur à vivre quelques heures dans un de ces moulins qu’on découvre encore çà et là dans nos campagnes, au repli d’une rivière ou d’un ruisseau. Ils ont une roue (ou ne l’ont plus) de jour en jour plus moussue et sommeillent près de leur écluse où viennent l’été les dragons baigner leurs chevaux nus. On y fait un peu de farine (pas beaucoup), on y broie des fruits d’automne, on y presse des pavots et des noix, on y bat parfois la moisson. Il y a beaucoup d’oiseaux dans les saules et les aulnes et des pêcheurs souvent sur la rive, jamais las de prendre en vain patience. Lieux aussi où habite le repos. Est-ce que le drame y pourrait naître ? »

Gustave Roud (1897-1976), Campagnes perdues (Lausanne, Bibliothèque des Arts, 1972)

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Les grandes fermes solitaires : de Paul Sérusier à Gustave Roud

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