Les pommes de Cézanne retrouvées chez Tintoret

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Paul Cézanne – Pommes et biscuits (Musée de l’Orangerie) – Vers 1879-1880

Pourquoi les pommes de Cézanne sont-elles si incomparables ? Parce que, par la beauté de leur ligne, par leur suite luxueuse de couleurs –  or, rouge, ocre -, elles s’adressent à l’esprit plus qu’aux sens et s’étrangent du monde matériel – comme les natures mortes de Chardin révèlent la beauté de choses que souvent, nous appelons contingences.

Incomparables, ces pommes de Cézanne ? L’on a pourtant découvert en 1905 à la Scuola de Saint Roch, à Venise, un morceau de frise du Tintoret où figuraient des pommes peintes en or pâle et rouge vif sur un fond de feuilles vert Véronèse.

Curieuse coïncidence : de même que les pommes de Cézanne, les pommes du Tintoret n’étaient que couleurs.

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Le Tintoret (1518-1594) – Les trois pommes – Scuola di San Rocco – Venise

Oserait-on dire que le Tintoret, comme plus tard  Cézanne, avait déjà capturé l’essence divine de la pomme, et que symbolisent ces deux couleurs – l’or pâle et le rouge vif ? Deux couleurs, du reste, déjà fort bien travaillées chez Chardin, le maître de Cézanne.

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Jean Siméon Chardin (1699 – 1779)- Trois pommes d’api, deux châtaignes, une écuelle et un gobelet d’argent – Musée du Louvre

Il n’est nullement excessif, à voir ces alignements de couleurs à travers le temps, de parler de divinité : Philippe Jaccottet, poète vaudois installé à Grignan, avait avoué jadis que son travail poétique consistait à recueillir des morceaux de Paradis, éparpillés à travers le monde.

C’est dire que, de même que les pommes du Tintoret, de Chardin et de Cézanne, la beauté d’un champ de pommiers à l’arrivée du Printemps, le bleu très pur d’un ciel de Poussin, les estampes japonaises et les Nymphéas de Monet semblent obéir à un même ordre, qui serait l’ordre – divin – du monde.

C’est considérer que l’essence de l’art – l’essence de tout art –  est déjà dans la création et que l’artiste n’a plus qu’à l’exprimer.

Les couleurs, très présentes dans la nature seraient alors ce qu’il nous échoit de retranscrire, que ce soit par la peinture – c’est la transcription la plus primitive et la plus belle qui soit -, par la musique – Sibelius serait un bleu émeraude et Bach un rouge Carpaccio -, ou encore par la poésie –  Baudelaire serait rouge et noir, Gérard de Nerval d’or, de brun, et de rouge comme les forêts automnales, tandis que l’auteur d’Obermann serait profondément bleu et blanc, comme Sibelius, et comme les Alpes.

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