Paul Gauguin et la course à l’argent

Oviri : Ecrits d’un sauvage sur Amazon

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Autoportrait au chapeau – Paul Gauguin – 1892 – Musée d’Orsay

Un faiseur d’argent, un apôtre de l’horloge sacrée qui aurait tiré les cordons de la Bourse avec révérence, un boursicoteur acharné qui aurait eu l’esprit pratique – l’esprit belge eût dit Baudelaire ; un dévot bourgeois, qui aurait vu dans l’Evangile un moyen très-subtil d’empêcher la révolte des miséreux de ce monde, par une compensation paradisiaque. Un pharisien, somme toute, « affublé du nom d’honnête homme car il va à l’église ».

Tel la jeune épouse de Paul Gauguin soulait-elle phantasmer son remisier de mari. Grand mal lui en pris : Gauguin tenait mal son rôle de boursicoteur bourgeois : il n’était point serf de l’argent, n’avait point l’esprit de la Bourse, et s’il collectionnait les oeuvres de Cézanne et de Renoir, ce n’était point par esprit de lucre et de cupidité.

Pis encore, le prétendu peintre du dimanche n’avait point d’ambition si médiocre qu’il pût se contenter de faire de la peinture de commerce pour amateurs de cartes postales : il devait bientôt quitter le temple de l’argent et ses banquiers idolâtres pour se consacrer à une peinture primitive et anti-académique ; il n’avait de cesse qu’il pût s’adonner librement à cet art sauvage qu’il prisait tant, au mépris de l’appât du gain.

« N’être pas conforme, c’est le grand crime », écrivait amèrement Baudelaire du temps qu’il fréquentait malgré lui la société des grandes fortunes peu charitables qui avaient en haine l’esprit et la beauté. Gauguin devint sur le tard ce grand criminel qui avait commis l’infamie de préférer la recherche de l’absolu à la ruée vers l’or d’un Occident essoufflé.

Lui qui n’avait pas la fortune de Balthazar Claës fut chassé par sa belle-famille danoise pour n’avoir point voulu sacrifier au culte du veau d’or : il s’en fut en Basse-Bretagne ; de cette terre primitive et sauvage au sol de granit et à la lande mauve, il exprima la pureté des couleurs et le symbolisme des formes. « Moi, je me promène en sauvage aux cheveux longs », aurait-il pu répondre à ceux qui eussent voulu le convaincre de l’absolue supériorité de cette « course à la monnaie qui, dans les grandes villes, vous prend les trois quarts de votre temps ».

En Basse-Bretagne, à Tahiti, et surtout aux Marquises, il se retira du « monde soi-disant civilisé pour ne fréquenter que les soi-disants sauvages », et assista à la fête perpétuelle des derniers jardins édéniques ; il refusa que sa vie ne fût qu’une lutte pour le pain quotidien et connut la « misère extrême » ; il répéta à l’envi que ses instincts aristocratiques – « L’art n’est que pour la minorité, lui-même doit être noble », enseignait-il à sa fille Aline – valaient mieux que la médiocrité bourgeoise de ses contemporains, et il produisit une peinture en marge, d’une noblesse extrême.

A ceux qui pensaient que l’homme ne devait vivre que de pain, et que l’art ne pouvait être autre chose qu’une manière de passe-temps pour gens oisifs, il avait coutume de rappeler qu’un jeune homme qui est incapable de faire une folie est déjà un vieillard.

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