Le dialogue solitaire

Il y a quelques années un journaliste britannique faisait part d’une expérience particulière, dans notre monde moderne. Une expérience en porte à faux avec la société contemporaine. Il a décidé de parler avec lui-même…

Un homme achève sa journée de travail. Il sort d’un immeuble grisâtre, et il est pressé. Mais son train est en retard. Que va-t-il faire, seul, sur le quai, pour tuer le temps ?

Il va faire comme tout le monde à l’ère des réseaux sociaux et de l’écran radieux : dégainer son téléphone, qui est smart, soi-disant, ou sa tablette, afin de « se connecter », pour parler comme on parle.

Se connecter à quoi, on se le demande, lorsqu’on voit cette foule de nez collés sur l’écran qui se reflète dans les regards hébétés de leurs propriétaires. Nous devrions plutôt parler de déconnexion. De déconnexion au monde sensible. Ces yeux ne voient rien : ni le dehors, ni le dedans. L’attention aux choses comme à soi-même que seuls les moments réflexion solitaire permettent, ces moments de plus en plus rares, de plus en plus émiettés.

« Nous perdons cette paix essentielle des profondeurs de l’être, cette absence sans prix pendant laquelle les éléments les plus délicats de la vie se rafraîchissent et se réconfortent » écrivait, déjà, Paul Valéry en 1935. Et il n’avait encore rien vu.

Que dirait-il devant cette société myope, enfermée dans le présent, aux prises avec une agitation perpétuelle qui empêche l’homme de se retrouver avec lui-même ? Que nous conseillerait-il de faire, face à cet « attentat contre la vie intérieure » ?

Sans doute la même chose que ce journaliste. Abandonnant l’idée de rentabiliser son temps, il attend son train sans son téléphone mais avec ses pensées. Il les rassemble, les trie, les suit aussi, les laissent l’emmener, l’interroger, le questionner. Il intériorise sa vision du monde et mûrit le sens qu’il veut y donner.

« Ne t’en vas pas au dehors, rentre en toi-même ; au cœur de la créature habite la vérité ». Saint-Augustin

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2 réflexions sur “Le dialogue solitaire

  1. « Il y a des accablements de l’âme qui se situent plus bas que toute angoisse et toute douleur ; et seuls les ignorent, à mon sens, ceux qui se dérobent aux angoisses et aux douleurs humaines, et qui déploient assez de diplomatie envers eux-mêmes pour esquiver jusqu’à l’ennui. » (Fernando Pessoa – Libro de
    desassossego)

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