Jades, des empereurs à l’Art Déco – Musée Guimet – jusqu’au 16 janvier

Lao Tseu disait « qui accumule en sa maison l’or et le jade ne pourra en défendre l’entrée ». Le musée Guimet ne fait pas exception : cette vénérable maison attire les foules d’amateurs d’art et de belles pierres depuis qu’une collection de jades y a trouvé, pour un temps, refuge. Ce sont des montagnes et des lits des rivières du Xinjiang que les Chinois tirèrent dès le néolithique maints galets massifs de jade aux nuances blanchâtre, brune, vert sombre, voire d’un mauve de lavande.

Dès les premiers regards, le visiteur est frappé par la magnificence des ouvrages de jade de la dynastie Qing (1644-1911) : les pierres de jade ont été travaillées par des sculpteurs et par des coloristes : ce que nous appelons jades, c’est une montagne d’un jade blanc presque transparent, parsemée de couleurs automnales, où deux Chinois extraient des blocs de jade ; ce sont des ceintures ajourées de fleurs et d’oiseaux ; c’est une feuille d’automne perlée de raisins translucides que grappille un écureuil de jade vert ; ce sont aussi des accessoires de lettrés : des coupes ave-pinceaux en forme de fleurs de lotus jaunes, brunes ou translucides, des pierres à encre ornées de bambous, des montagnes miniatures qui rappellent l’érémitisme des calligraphes, et des écrans de tables représentant des sages chinois dans une forêt de bambous.

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Mais c’est à l’empereur Qianlong (1735-1796), lettré accompli et grand collectionneur, que l’on doit les plus belles pièces de l’exposition : le visiteur ne peut que rester pantois devant l’admirable carte de jade où resplendit une province conquise par l’empereur ; il ne peut qu’être ravi par le cabinet de curiosités au couvercle de jade blanc et vert ; il ne peut qu’être charmé à la vue du livre de jade parsemé d’or et de soie.

 

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Il arrivait toutefois que les ouvrages de jade, sous la dynastie Qing, perdissent de leur naturel par excès d’ornementations. L’empereur Qianlong en était très-conscient : c’est pourquoi il veilla à imiter les jades anciens, en témoigne une tablette de jade du néolitique, très-peu ouvragée, où il fit graver des poèmes. Cette passion pour le jade, au reste, n’était pas réservée aux seuls empereurs chinois. Les souverains moghols, descendants de Tamerlan, les sultans de Samarkand, les shahs séfévides d’Iran, et les califes ottomans, très-inspirés du travail chinois de la pierre, se firent les thuriféraires des jades dans l’Orient islamique : le visiteur ne s’étonnera donc pas en voyant au musée Guimet des coupes de jade sombre, ornées de fils d’or et gravées de motifs islamiques.

 

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Les rois de France jalousaient quelque peu ces ouvrages de pierre qui s’échangeait dans tout l’Orient.

Ils réussirent à en avoir leur part : les collections royales sont riches en jade de toutes sortes, et le Cardinal Mazarin fut l’heureux possesseur d’une coupe de jade blanc de la dynastie Ming.

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A la fin du XVIIIe siècle, le jade était bien connu en France : le minéralogiste bien-nommé Balthazar Sage faisait alors l’inventaire et la description de tous les jades du cabinet de l’Ecole (alors royale) des Mines : le « jade blanc semi-transparent de la rivière des Amazones » et le « jade grisâtre des Alpes » posaient aux côtés du « jade oriental vert-foncé ».

Il faudrait toutefois se garer d’oublier que, si belles que soient nos collections françaises de jade, elles ont parfois été constituées dans d’amères circonstances : le sac du palais d’été de Pékin par les soldats de Napoléon III, lors de la seconde guerre de l’opium, a certes permis à l’impératrice Eugénie d’orner son musée chinois de Fontainebleau de maintes pièces de jade liées au goût exquis de l’empereur Qianlong. Mais un Versailles Chinois a été pillé et incendié, et les vainqueurs n’ont fait qu’emplir leurs poches.

Cet épisode peu glorieux pour la France impériale n’a cependant pas gâté le goût des gens « à la mode » pour les splendeurs du jade. Odette de Crécy, la demi-mondaine du « petit noyau des Verdurin », avait orné la cheminée de sa chambre délicieusement fleurie d’un « crapeau de jade » qu’elle affublait – au risque d’exciter la jalousie de Swann – du petit nom de « chéri ». Cette amoureuse de chinoiseries eût probablement été très-éprise des étuis à cigarettes chinois, ornés de jade vert ou noir, qui faisaient la fierté de la Maison Cartier dans les années 1930. Elle n’eût pas non plus dédaigné ces paravents en laque de Coromandel, inscrustés de jade, qui lambrissaient les hôtels particuliers parisiens.

Autant de belles choses que le visiteur admirera dans la dernière salle de l’exposition en se rappelant combien Coco Chanel aimait à se faire photographier dans des appartements par trop précieux où la laque de Coromandel était toujours mélangée du jade cher aux poètes Chinois.

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