Au nom de la jeunesse

Par Jean Béhue

24 décembre 2016

Partout et de tous temps, la jeunesse porte en elle le germe de tous les possibles. Être jeune c’est être dominé par un instinct naturel. Cet instinct d’individuation aussi intime qu’universel. Cet instinct qui pousse chaque enfant à vouloir voler de ses propres ailes, à partir en quête de ce qui l’anime personnellement, à rechercher des amis qui lui ressemblent, pour ainsi entrer en communauté avec le monde. Être jeune, en somme, c’est porter haut et fort la flamme de sa destinée. La flamme de la vie.

Pourtant, et on l’a sans doute oublié, un tel élan est fragile. Il est aussi fragile que peut l’être la vie. C’est pourquoi, il doit être protégé. Et c’est à chaque génération d’y veiller. Chaque adulte est responsable de ce que chacun de ses enfants puisse, le jour venu, vivre sa propre destinée. Qu’il puisse vivre selon sa propre loi, pour devenir un être humain épanoui, autonome et apaisé. Un nouveau membre de la société animé par un esprit constructeur et bienveillant. Un esprit de solidarité et de paix.

On l’a sans doute oublié, mais il est grand temps de s’en rappeler : la jeunesse naît de la société. Elle en dépend donc. Elle est à la merci des Hommes faits, de leur volonté et de leur capacité à lui garantir un espace de liberté. Cet espace indispensable à son élan d’individuation. S’interroger sur la jeunesse, c’est donc s’interroger sur la société. Dans une certaine perspective. En se demandant dans quelle mesure elle encourage, ou pas, ses nouveaux entrants, à conquérir leur liberté, à conquérir leur destinée. Il y a alors autant de jeunesses que de sociétés, autant de sociétés que de jeunesses.

À chaque société sa jeunesse

Que la réalité naturelle domine entièrement, qu’elle excite notre instinct de vie et anime notre désir d’être-au-monde, alors émergera une jeunesse aventureuse, bâtisseuse, et généreuse, qui se sentira appartenir aux siens comme on appartient au monde. Que la société commence à se stabiliser, qu’elle se pose sur ses fondements et définisse et garantisse le cadre des libertés individuelles, alors émergera rapidement une génération de jeunes talents, rayonnant d’une individualité fraternelle.

Que certains pensent au bien de tous et multiplient les projets d’intérêt collectif, en proposant à tous les talents de participer, alors les individualités commenceront à mettre leur liberté en calcul. Et s’affirmera une jeune génération de plus en plus opportuniste.

Que les projets collectifs deviennent des organisations pérennes, alors même que les libertés individuelles sont consacrées et garantissent la possibilité pour chacun de vivre indépendant, alors de jeunes enragés commenceront à poindre, prêts à faire des organisations leur effet de levier.

Que la société soit de plus en plus, et à tous les niveaux, une question d’organisation, alors les libertés individuelles seront insidieusement interrogées dans leur légitimité. Les jeunes penseront alors à la sécurité des rangs serrés, en ravalant au passage leurs individualités qui deviendront individualisme.

Que la société prive l’individu de la possibilité de vivre de son talent en toute liberté s’il n’est lié à une organisation, alors les jeunes se résigneront à s’insérer. Au risque de faire de la frustration le signe d’une génération. Génération qui se mettra à idéaliser les destinées artistiques, combles de l’individualité.

Que la société impose ses propres fins aux destins de chacun, au point que chacun se pense dès l’adolescence enferré dans des chemins d’emprunt, alors la jeunesse s’échappera en elle-même et se réfugiera dans des réalités parallèles. En vivant secrètement des destins héroïques par procuration.

Que les réalités parallèles l’emportent sur la réalité sociale, devenue totalitaire et mortifère, alors une jeunesse exaltée commencera à poindre qui réinvestira le réel de ses réalités intimes et parallèles. Avec la volonté de puissance de ce qui jaillit sans rien avoir à perdre.

Le droit qu’a chacun d’être soi

Aventureuse, talentueuse, opportuniste, enragée, rangée, frustrée, damnée, ou encore exaltée, il est sûr que la jeunesse peut prendre de multiples visages. De même, on ne peut nier que, au-delà des tableaux à grands traits, des individualités s’affirmeront en exception. Et cela de façon aussi certaine que la société voit toujours de multiples générations s’entrecroiser, quand ce n’est pas la géographie qui les mélange et les redistribue.

Il n’en reste pas moins que, dans l’ensemble, la jeunesse actuelle semble renvoyer à une certaine forme de société. Une société hyper organisée, normalisatrice et moralisatrice. Une société de moins en moins respectueuse des destinées individuelles. Une société qui bafoue l’élan naturel de l’individuation. Une société qui flatte la volonté de puissance d’une infime minorité, et en même temps bride les destinées de la majorité. Et avec elle toutes ses promesses, toutes ses richesses potentielles.

Agir au nom de la jeunesse quand elle est, comme on le voit, menacée, ce n’est pas agir contre elle. Ce n’est pas non plus agir sur elle, en prenant en main sa destinée. De façon volontaire ou autoritaire. C’est agir pour elle, et même pour toute l’humanité. C’est agir au nom de l’élan naturel d’individuation, de l’élan d’accomplissement individuel. En somme, c’est agir pour que chaque être humain puisse émerger dans son individualité et vivre de son talent en toute liberté. C’est agir au nom des droits de l’Homme. Au nom de l’Homme.

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