Au nom de la jeunesse

Par Jean Béhue

24 décembre 2016

Partout et de tous temps, la jeunesse porte en elle le germe de tous les possibles. Être jeune c’est être dominé par un instinct naturel. Cet instinct d’individuation aussi intime qu’universel. Cet instinct qui pousse chaque enfant à vouloir voler de ses propres ailes, à partir en quête de ce qui l’anime personnellement, à rechercher des amis qui lui ressemblent, pour ainsi entrer en communauté avec le monde. Être jeune, en somme, c’est porter haut et fort la flamme de sa destinée. La flamme de la vie.

Pourtant, et on l’a sans doute oublié, un tel élan est fragile. Il est aussi fragile que peut l’être la vie. C’est pourquoi, il doit être protégé. Et c’est à chaque génération d’y veiller. Chaque adulte est responsable de ce que chacun de ses enfants puisse, le jour venu, vivre sa propre destinée. Qu’il puisse vivre selon sa propre loi, pour devenir un être humain épanoui, autonome et apaisé. Un nouveau membre de la société animé par un esprit constructeur et bienveillant. Un esprit de solidarité et de paix.

On l’a sans doute oublié, mais il est grand temps de s’en rappeler : la jeunesse naît de la société. Elle en dépend donc. Elle est à la merci des Hommes faits, de leur volonté et de leur capacité à lui garantir un espace de liberté. Cet espace indispensable à son élan d’individuation. S’interroger sur la jeunesse, c’est donc s’interroger sur la société. Dans une certaine perspective. En se demandant dans quelle mesure elle encourage, ou pas, ses nouveaux entrants, à conquérir leur liberté, à conquérir leur destinée. Il y a alors autant de jeunesses que de sociétés, autant de sociétés que de jeunesses.

À chaque société sa jeunesse

Que la réalité naturelle domine entièrement, qu’elle excite notre instinct de vie et anime notre désir d’être-au-monde, alors émergera une jeunesse aventureuse, bâtisseuse, et généreuse, qui se sentira appartenir aux siens comme on appartient au monde. Que la société commence à se stabiliser, qu’elle se pose sur ses fondements et définisse et garantisse le cadre des libertés individuelles, alors émergera rapidement une génération de jeunes talents, rayonnant d’une individualité fraternelle.

Que certains pensent au bien de tous et multiplient les projets d’intérêt collectif, en proposant à tous les talents de participer, alors les individualités commenceront à mettre leur liberté en calcul. Et s’affirmera une jeune génération de plus en plus opportuniste.

Que les projets collectifs deviennent des organisations pérennes, alors même que les libertés individuelles sont consacrées et garantissent la possibilité pour chacun de vivre indépendant, alors de jeunes enragés commenceront à poindre, prêts à faire des organisations leur effet de levier.

Que la société soit de plus en plus, et à tous les niveaux, une question d’organisation, alors les libertés individuelles seront insidieusement interrogées dans leur légitimité. Les jeunes penseront alors à la sécurité des rangs serrés, en ravalant au passage leurs individualités qui deviendront individualisme.

Que la société prive l’individu de la possibilité de vivre de son talent en toute liberté s’il n’est lié à une organisation, alors les jeunes se résigneront à s’insérer. Au risque de faire de la frustration le signe d’une génération. Génération qui se mettra à idéaliser les destinées artistiques, combles de l’individualité.

Que la société impose ses propres fins aux destins de chacun, au point que chacun se pense dès l’adolescence enferré dans des chemins d’emprunt, alors la jeunesse s’échappera en elle-même et se réfugiera dans des réalités parallèles. En vivant secrètement des destins héroïques par procuration.

Que les réalités parallèles l’emportent sur la réalité sociale, devenue totalitaire et mortifère, alors une jeunesse exaltée commencera à poindre qui réinvestira le réel de ses réalités intimes et parallèles. Avec la volonté de puissance de ce qui jaillit sans rien avoir à perdre.

Le droit qu’a chacun d’être soi

Aventureuse, talentueuse, opportuniste, enragée, rangée, frustrée, damnée, ou encore exaltée, il est sûr que la jeunesse peut prendre de multiples visages. De même, on ne peut nier que, au-delà des tableaux à grands traits, des individualités s’affirmeront en exception. Et cela de façon aussi certaine que la société voit toujours de multiples générations s’entrecroiser, quand ce n’est pas la géographie qui les mélange et les redistribue.

Il n’en reste pas moins que, dans l’ensemble, la jeunesse actuelle semble renvoyer à une certaine forme de société. Une société hyper organisée, normalisatrice et moralisatrice. Une société de moins en moins respectueuse des destinées individuelles. Une société qui bafoue l’élan naturel de l’individuation. Une société qui flatte la volonté de puissance d’une infime minorité, et en même temps bride les destinées de la majorité. Et avec elle toutes ses promesses, toutes ses richesses potentielles.

Agir au nom de la jeunesse quand elle est, comme on le voit, menacée, ce n’est pas agir contre elle. Ce n’est pas non plus agir sur elle, en prenant en main sa destinée. De façon volontaire ou autoritaire. C’est agir pour elle, et même pour toute l’humanité. C’est agir au nom de l’élan naturel d’individuation, de l’élan d’accomplissement individuel. En somme, c’est agir pour que chaque être humain puisse émerger dans son individualité et vivre de son talent en toute liberté. C’est agir au nom des droits de l’Homme. Au nom de l’Homme.

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Poutine-Kasparov: échecs et Mal Tremble, monde libre: “l’hiver vient!”

Article publié dans Causeur le 23 novembre 2016


Dans son dernier pamphlet contre Vladimir Poutine, le « dissident » Garry Kasparov parle de Bien, de Mal, de fin de l’Histoire et de monde libre. Retour vers son futur.

Dans un pamphlet anti-Poutine à l’intitulé apocalyptique, « winter is coming », Garry Kasparov, le célèbre dissident russe exilé aux Etats-Unis, se rappelle avec aigreur de ce jour maudit du 31 décembre 1999 où l’ancien lieutenant-colonel du KGB accéda à la présidence russe : la Russie allait renouer avec ses vieux démons. Voilà que sur la voie de la démocratisation, elle accueillait maintenant à bras ouverts ce personnage ultra-autoritaire qui voudrait « aller buter les Tchétchènes dans les chiottes ». Un homme conquérant, dit-il, qui n’aura de cesse que le vieux bloc soviétique soit reconstitué. Que la « plus grande tragédie géopolitique du 21ème siècle » – la chute de l’empire soviétique – soit enfin vengée. L’annexion de la Crimée ne serait que la première étape de cette Reconquista russe que le « monde libre » – mené par les Etats-Unis d’Amérique et par l’Otan – devra bien se résoudre à combattre. Certes, reconnait-il, Poutine n’est pas tout à fait Hitler, et l’annexion de la Crimée n’est pas tout à fait l’Anschluss, mais on ne saurait faire preuve de trop de prudence à l’égard d’un « dictateur » adepte de la dissuasion nucléaire.

Garry Kasparov n’y a jamais été de main morte : des « marches du désaccord », il en a suivi pléthore, des pancartes « Russie sans Poutine », il en a brandi plus d’une. Quoi que, depuis lors, l’épisode Medvedev et le retour d’une dictature sans fards en 2012 l’aient déterminé à l’exil, il continue de mener ce qui est devenu le combat de sa vie. Il croit à la « fin de l’Histoire » et à la victoire de la démocratie libérale et du capitalisme sur les forces obscures du totalitarisme et du communisme. Il ne peut pas voir en peinture ce mausolée de Lénine qui trône encore au beau milieu de la place Rouge, symbole de l’impunité des sectateurs du communisme. Gorbatchev, il le compare volontiers à Louis XVI ou à Nicolas II – chef d’Etat pusillanime qui tentait de sauver les décombres du communisme, comme les derniers rois ceux de la royauté. Kasparov le verrait bien en commanditaire du Putsch de Moscou. L’octroi du Nobel de la paix au dernier des communistes ? Une hérésie. Ceux qui le dépeignent en héraut de l’effondrement de l’URSS ? Des révisionnistes qui se gardent bien de rappeler que Gorbatchev était partisan du « socialisme à visage humain » d’Alexander Dubcek.

Poutine c’est le Mal

Que le communisme pût avoir un visage, Kasparov n’y a d’ailleurs jamais cru : cet individualiste forcené a toujours considéré que la société de libre consommation capitaliste était l’aboutissement de la nature humaine ; il rappelle à qui veut l’entendre ses propos tenus dans le magazine Playboy, à l’âge de vingt-six ans : « La vie en Union Soviétique est une déformation de la vie ordinaire ». La vie ordinaire, c’était pour le jeune joueur d’échecs l’ « American way of life », le Coca-Cola, les blue-jeans et le rock’n roll : il communiait avec Eltsine et parlait déjà mort du communisme – « l’Empire du Mal » – devant un Henry Kissinger incrédule. Il ne fera pas partie de ces russes humiliés d’avoir perdu la guerre froide. Lui rêve d’un monde unipolaire dominé par les Etats-Unis, lui souhaite le triomphe de la démocratie et du capitalisme. Gary ne se sentira pas de joie à la lecture des propos de George Bush père : « La scène internationale est aujourd’hui une feuille blanche. […] L’importance de l’implication américaine n’a jamais été aussi forte. Si les Etats-Unis ne prennent pas la direction de ce monde, personne ne le fera », mais déchantera face au peu d’empressement de ce dernier à renverser Saddam Hussein et à dénoncer les « pratiques nazies » de Slobodan Milosevic.

Le leadership moral des Etats-Unis, il ne le goûtera que lors de l’intervention militaire de Bill Clinton au Kosovo. Une croisade anti-Milosevic que Kasparov aurait aimé plus prompte à ressusciter sous la forme de croisade anti-Poutine lors de la crise ukrainienne. Car pour Kasparov, Milosevic et Poutine, c’est bonnet blanc et blanc bonnet : fi de ces dictateurs qui n’ont pas entendu parler de la « fin de l’Histoire » ! Le joueur d’échecs reconverti en défenseur des peuples opprimés a acquis de ses années passées du mauvais côté du rideau de fer deux convictions inébranlables : la première, c’est que l’Ouest est forcément dans le camp du Bien. La seconde, c’est qu’il existe un camp du Bien. Une intervention militaire des Etats-Unis d’Amérique et de l’Otan est donc par définition « humanitaire » et exempte de morts civils. L’ingérence obéit à des motifs nobles pourvu qu’elle soit le fait des gagnants de la guerre froide. Ceux qui oseraient le mettre en doute sont de toute évidence des « nazis » – plaisante façon de qualifier les sceptiques qui ne croient pas à la « bonne nouvelle » de Francis Fukuyama. Kasparov a au moins le bon goût d’admettre que l’administration américaine elle-même ne s’est pas toujours comportée dans le sens de la « fin de l’Histoire » : George Bush père n’a jamais souhaité la destitution de Gorbatchev, Bill Clinton n’a pas voulu faire de la Tchétchénie un second Kosovo, et George Bush fils n’a pas cherché à abattre Vladimir Poutine. Tous ont été trop diplomates pour oser mettre un terme à la partie d’échecs que leur jouait les forces branlantes d’un siècle finissant. L’administration Clinton surtout, dit Kasparov, s’est montré particulièrement lâche en continuant à fournir une aide économique à une Russie qui massacrait des civils en Tchétchénie et soutenait le développement d’un programme nucléaire en Iran. Elle n’a pas joué son rôle de grande moralisatrice des relations internationales, d’ingérence humanitaire, de championne du Bien : elle n’a pas déployé son armée pour défendre les Tchétchènes, elle qui l’avait pourtant fait pour sauver les kosovars.

Kasparov n’est pas de ces cyniques qui considèrent que « L’Etat est le plus froid des monstres froids » et que le glacial intérêt plutôt que la morale dicte sa politique étrangère ; il n’est pas non plus de ceux qui pensent que l’on peut se permettre de déposer un tyran balkanique, mais qu’il serait fort peu diplomatique de s’attaquer à une grande puissance telle que la Russie. Derrière l’obsession de la « fin de l’Histoire », il y a un homme brisé qui ne cesse de ressasser d’amers propos de feue Anna Politkovskaïa: « La déclaration universelle des droits de l’homme, qui ne date qu’à peine plus d’un demi-siècle, est morte lors de la seconde guerre de Tchétchénie ». Cet homme-là ne pouvait qu’honnir la politique de conciliation du « monde libre » lors de l’épisode tchétchène : c’était un véritable traître que ce « camp du Bien » qui n’affichait que trop peu ses valeurs morales et n’avait que faire de l’avenir démocratique de la Russie. Tony Blair visitant le musée de l’Ermitage en compagnie de Vladimir Poutine ? Ce geste symbolique en faveur d’une coexistence pacifique n’eut pas bonne presse chez ce partisan d’un monde unipolaire placé sous les auspices du capitalisme et de l’économie de marché. Ni plus qu’une Condoleeza Rice songeant que « la guerre froide [était] vraiment terminée » lors du fameux coup de téléphone de Vladimir Poutine à George W. Bush au lendemain du 11 septembre 2001.

L’Amérique, c’est le Bien

Contrairement à Condoleeza Rice, Kasparov et ses suiveurs ne voulurent jamais admettre que le conflit entre le « monde libre » et l’ex-URSS pût conduire à autre chose qu’à une hégémonie morale, économique et militaire des Etats-Unis d’Amérique. Après le 11 septembre, la perspective de voir les deux puissances faire front commun contre le terrorisme ne les enchantèrent guère. Comme Sakharov en son temps, ils s’opposèrent à la « détente » : ils refusèrent cette Realpolitik qui impliquait de se compromettre avec des dictatures ; ils croyaient fermement que les Pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique avaient révélé les principes du Bien. Souvent nostalgiques d’Henry Scoop Jackson – ce sénateur démocrate de l’Etat de Washington qui militait pour une politique étrangère américaine morale dans les années 1970 -, ils répétaient à l’envi que – Soljenitsyne dixit – « les affaires intérieures [n’existaient] plus sur notre Terre surpeuplée » et qu’il fallait désormais que l’Occident libre se consacrât exclusivement à la protection des peuples de la planète contre les dictatures. D’après eux, la guerre froide n’était pas « vraiment terminée » puisque Vladimir Poutine ne se conciliait les intérêts des Etats-Unis d’Amérique que dans le but de saper à sa guise les velléités démocratiques en Russie : il était au moins probable que l’ancienne terre des Tsars renaîtrait ; il fallait craindre qu’elle renouât avec l’héritage d’Ivan le Terrible ; surtout, il fallait s’attendre à ce qu’elle refusât l’hégémonie américaine et à ce qu’elle offrît une main tendue à une Europe avide de se défaire du paternalisme américain.

Face à ce danger, il fallait affirmer l’importance des « valeurs américaines » : c’est ce que fit Kasparov en parcourant le Wyoming, coiffé d’un chapeau de cow-boy, pour parler de capitalisme et de liberté à des New-yorkais en costume-cravate. Il fallait aussi inventer une « autre Russie » qui fût calquée sur le modèle américain, avec « une presse libre, un marché libre, un état de droit et d’authentiques élections ». Il va sans dire que quelques années plus tard, Kasparov vécut l’émergence d’un G8 réunissant sept grandes démocraties industrielles et … la Russie de Poutine comme une insoutenable trahison. Un peu comme si Don Corleone s’était allié avec le Vatican. Ce fut le début d’une période de vaches maigres pour la dissidence russe : Poutine était désigné « personnalité de l’année 2007 » par le magazine Time, et les dirigeants occidentaux – Nicolas Sarkozy en tête – saluaient la victoire éclatante de Medvedev. Dans ces conditions, carte blanche était donnée au « dictateur » russe.

« Hitler n’était pas Hitler en 1936 »

Kasparov comptait sur l’élection présidentielle américaine de 2008 pour arranger les choses : peut-être l’hégémonie morale américaine allait-elle renaître de ses cendres grâce à ce candidat républicain qui osait, en pleine crise géorgienne, clamer que « les Américains, ainsi que tous les peuples qui approuvent l’indépendance des anciennes républiques soviétiques, [devaient] se préoccuper au plus haut point du destin de la Géorgie »; peut-être le monde libre allait-il se doter d’un dirigeant qui protégerait la Géorgie et l’Ukraine d’une invasion russe. Quelle ne fût pas la déception de l’ancien champion du monde d’échecs ! A la rigueur morale de John McCain, les électeurs américains préférèrent le consensus mou de Barack Obama. Second espoir déçu en 2012 : Kasparov n’eut pas l’heur de fêter la victoire de ce Mitt Romney qui n’avait pas hésité à déclarer que la Russie de Poutine était « l’ennemi géopolitique numéro un » des Etats-Unis d’Amérique et qu’elle défendait « les individus les plus condamnables de la planète ».

Cependant il continua, contre vents et marées, à tenter de convaincre le « monde libre » de la dangerosité du camarade Poutine : adepte de la reductio ad hitlerum, il n’hésita pas à comparer les Jeux Olympiques de Sotchi, qui réunirent de nombreux chefs d’Etat étrangers malgré une tentative de boycott, aux tristement célèbres Jeux d’été de 1936. « Mais Poutine n’est pas Hitler ! » lui répondirent quelques journalistes. Certes, répondit Kasparov, « le mal personnifié par les nazis défie toute comparaison rationnelle », mais « Hitler n’était pas Hitler en 1936 »… L’annexion de la Crimée n’a t-elle pas prouvé aux dirigeants occidentaux que Poutine était un homme perdu ? Pour l’ancien joueur d’échecs, il serait grand temps d’agir. Et d’arrêter Poutine. De cesser de faire de la Reapolitik. Et surtout de réaffirmer haut et fort que « les ennemis [du monde libre] sont bel et bien présents en ce monde » ; que la Russie de Poutine, la Corée du Nord de Kim Jong-Un, le Venezuela de Maduro, l’Etat islamique et les monarchies religieuses du Moyen-Orient ont en commun de rejeter les valeurs occidentales et la modernité ; et que ce sont toujours les dissidents qui nous révèlent les sombres réalités de ces sociétés.

Le 9 novembre 2016, Garry Kasparov a écrit sur son compte twitter : « Winter is here ». Une alliance Trump-Poutine symboliserait pour lui la fin de l’ordre du monde tel qu’il a fonctionné depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Winter is coming sur Amazon

Zainab bint Younus, une féministe salafiste

 

Zainab bint Younus est un bien curieux personnage. Cette jeune femme d’origine indienne, qui se définit comme « nomade professionnelle, rêveuse indomptée, guerrière voilée, et idéaliste capricieuse », et a grandi entre Vancouver et Victoria, est une féministe salafiste : « Le salafisme et le féminisme, j’ai combiné deux des mouvances les plus désastreuses de l’histoire de l’humanité » dit-elle avec malignité. Gothique, punk, et fanatique de Batman, elle aime habiller son niqab d’une veste en cuir de motarde et de grandes lunettes noires. Sa première Harley-Davidson, c’est son père, un cheikh diplômé de l’université islamique de Médine, un salafiste vieille école, qui la lui a offerte. Un père fier d’avoir une fille salafiste exemplaire, mais moins à l’aise avec son combat féministe et sa passion pour les héroïnes oubliées de l’Islam.

Je retrace ici le parcours très-étrange de cette niqabi aspirante-motarde qui a fait ses premières armes dès l’âge de quinze ans en créant un blog – « The salafi feminist » – consacré à la politique et à la religion. A l’époque – on est en 2006 -, elle rêve de suivre les traces de son père et de devenir une « Cheikha » – à savoir une savante de l’Islam. Pour ce faire, foin de Tariq Ramadan, trop moderniste à ses yeux : elle préfère suivre les leçons de Bilal Philips, un théologien salafiste canadien qui tient des propos fort étranges sur les attentats suicides, et celles d’Anwar al-Awlaqi, un imam américain d’origine yéménite – tué par un drone américain en 2011– dont les sermons ont inspiré certains des terroristes du 11 septembre 2001.

Un parti islamique au Canada, elle en rêve, mais elle n’y croit pas vraiment. Les Occidentaux ont beau se dire multiculturalistes, ils ne sont pas encore prêts à voir en la Charia un programme politique comme un autre. En revanche, la jeune salafiste croit fermement à une république islamique pour les Afghans, mais pas dans le style des Talibans : « J’ai une grande vision d’un Etat islamique qui pourra rivaliser avec la gloire et la grandeur de l’âge d’or de l’Islam », écrit-elle. Si son rêve d’être membre d’un parti politique en Afghanistan devenait un jour réalité, elle se ferait l’avocat d’une Charia « compatissante » qui pourrait faire de l’Afghanistan un exemple pour le reste du monde. Pour patienter avant que vienne son heure de gloire, elle s’échine à dresser les contours de son fantasme islamo-étatique : certes, l’on se fonderait sur le Coran et la Sunna, c’est-à-dire que l’on appliquerait la Charia. Voilà pour le droit islamique. Mais quid de la constitution politique de cet Etat ? Si le chef d’Etat devra être appelé un calife, l’Etat islamique pourra néanmoins être soit une monarchie soit une démocratie. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne sera certainement pas capitaliste – le capitalisme, chantre de l’exploitation des pauvres et du travail des enfants, à en croire la définition simpliste de Zainab bint Younus, serait contraire aux principes de la religion musulmane. Une autre chose est certaine : dans cet état arabo-musulman idéal, les leaders ne ressembleraient ni aux Saoud, ni à Hosni Mubarak, ni à Abdullah de Jordanie – tous des servants de l’Occident – mais seraient des représentants réels de la population musulmane : le Hamas et le Hezbollah auraient certes une bonne approche des choses, mais la jeune salafiste priserait par dessus tout les Frères Musulmans, qu’elle avoue trouver très « cool ».

Pour mettre en oeuvre ses projets – travailler avec la communauté musulmane, la rendre meilleure, bref préparer le terrain à la venue d’un Etat islamique -, l’adolescente salafiste voudrait s’inscrire dans une université islamique et y étudier la théologie islamique : elle aimerait intégrer l’université Umm al-Qura à La Mecque, ou à défaut une université islamiste au Yémen – son père a omis de lui dire que ces universités étaient interdites aux femmes. En attendant de pouvoir recevoir une éducation islamique digne de ce nom, elle ne rate aucune interview d’Abu Bakar Bashir, un célèbre clerc musulman indonésien qui milite pour l’introduction de la Charia, serait le leader spirituel de Jemaah Islamiyah et fera quelques années plus tard allégeance à Abu Bakr al-Baghdadi. Elle adorerait le rencontrer pour pouvoir parler avec lui de la chimère qui lui tient tant à coeur – la renaissance du califat. Dans ses rêves les plus fous, elle rencontrerait aussi Khalid Mashal – le leader du Hamas -, Mohammed Omar – alors chef des Talibans et parent d’Oussama Ben-Laden -, et surtout Oussama Ben-Laden, un « homme fascinant », dit-elle, qui a « de bonnes intentions » et « veut aider les musulmans dans le monde entier ». Maudit soit l’Occident qui a fait de lui un vilain personnage de cartoon !

Autant de rêves qui devront bien se réaliser un jour, car la militante salafiste n’est point dénuée d’ambition : elle veut non seulement se faire le chantre du renouveau du califat, mais encore devenir une porte-parole de la cause des féministes salafistes : bien évidemment, pour ce faire, elle ne prendra pas pour modèle Ayaan Hirsi Ali, qui fut menacée de mort par l’assassin de Théo van Gogh, ni plus que Irhad Manji, cette militante féministe canadienne d’origine musulmane qui est si peu tendre avec les islamistes que le New-York Times l’a qualifiée de « pire cauchemar d’Oussama ben Laden » : il faut dire que lorsque cette « ordure » vient donner des conférences dans sa ville natale, la jeune féministe salafiste se sent fort marrie : le jour du jugement dernier, assène t-elle, il s’agira pour les vraies féministes musulmanes de faire valoir leur combat contre ces renégats destructrices de l’Islam. Une féministe salafiste qui se respecte ne saurait frayer avec ces « héroïnes des médias occidentaux » qui peinent à comprendre que ni le Coran ni la Sunna ne sont misogynes, et qu’une vraie femme musulmane se doit de prendre pour modèles les femmes du prophète Mahomet – les fiertés de l’Oumma – et de porter un hijab digne de ce nom – c’est-à-dire « pas seulement un petit morceau de tissu avec un visage souillé de maquillage » mais de ces beaux voiles ultra-couvrants que l’on vend dans les échoppes des Talibans.

La jeune blogueuse n’est d’ailleurs pas en reste sur ce point : elle adore se prendre en selfie avec son niqab, et ne cesse de répéter que ce vêtement un peu particulier était déjà un must have lorsque, étant enfant, elle se rendait, par une entrée réservée aux femmes, au centre islamique où officiait son père. Cependant, elle ne veut pas de la ségrégation des genres pratiquée en Arabie Saoudite – une porte ouverte à la perversion homosexuelle – ni plus que de la promiscuité des genres qui sévirait en Occident.

Il faut, dit elle, un juste milieu : le niqab pour les femmes, et un regard chaste pour les hommes ; le niqab, non comme contrainte, mais comme choix, pour lutter contre la concupiscence masculine et contre une société hypersexualisée ; le niqab pour obéir aux commandements de Dieu et pour affirmer son identité ; le niqab, parce que je suis salafiste et parce que mon-corps-n’appartient-qu’à-moi-et-que-je-peux-en-faire-ce-que-je-veux. N’en déplaise aux canadiens blancs et judéo-chrétiens qui lui reprochent de porter cet étrange vêtement, la féministe salafiste peut fréquenter ses camarades de classe et ses voisins. Elle peut même leur dire bonjour le matin, leur sourire – avec les yeux, cela va sans dire -, leur faire la conversation. Mais leur montrer son visage, ça non. C’est un pas qu’elle ne saurait franchir. Elle n’est pas lévinassienne pour un sou. Pour elle qui rêve de devenir l’Ibn Taymiyyah des temps modernes, l’esprit seul compte. La parole suffit. De toute façon, dit-elle, à l’heure du téléphone portable et de la cyber-communication, le visage est démodé. Le smiley et le body language, c’est tout de même beaucoup plus in. Et puis après tout, le niqab, c’est son identité. Les islamistes sont ses pères spirituels. Elle ne veut pas être comme les jeunes décérébrés de sa génération qui sont adeptes de Jennifer Lopez et de la culture pop. Au nihilisme occidental et à la non-pensée contemporaine, elle oppose une identité radicale et une pensée totalitaire. Son radicalisme et son totalitarisme se nourrissent de la médiocrité de son époque.

C’est donc via son blog, via twitter et via facebook que cette cyber-féministe en niqab combat l’oppression des femmes musulmanes. Il faut bien admettre qu’elle lutte sincèrement contre les violences domestiques et les viols, et qu’elle rappelle à qui veut l’entendre que les femmes n’ont jamais été ignorées par Allah, qu’elles peuvent étudier dans des universités islamiques, et même devenir des femmes d’affaires, des avocates, des artistes, ou bien encore des écrivains – faut-il dire écrivaines ? -, bref qu’elles peuvent faire carrière et fréquenter des collègues masculins. C’est qu’il ne s’agit pas, pour cette féministe salafiste, de rester cloîtrée entre les quatre murs de sa cuisine : elle ira jouer son rôle dans les affaires du monde, car elle est féministe, mais – et c’est là que le bât blesse – pudeur et chasteté de salafiste oblige, elle emportera son cloître avec elle : elle ira faire carrière en niqab, et prouvera ainsi aux machistes salafistes qu’une femme humaine peut être supérieure aux houris du Paradis.

Aujourd’hui divorcée et « parent isolé » – pour reprendre l’une des expressions fétiches de la novlangue contemporaine -, Zainab bint Younus n’a pas eu l’heur d’étudier à l’université islamique de La Mecque – qui n’accepte pas les femmes – mais elle fournit toujours sur son blog maints conseils sur l’éducation des enfants et tient régulièrement une chronique sur « sisters magazine », un magazine anglophone pour féministes salafistes où l’on discute cuisine, produits de beauté, hijab et polygynie. Elle est volontiers adepte de la polygynie positive : « il n’y a rien de mieux qu’une triade polygynique consentante et hétérosexuelle » affirme t-elle. Elle rêve de redonner à la polygynie ses lettres de noblesse : il y a quelques avantages, dit-elle, à accepter de partager son mari : une jeune femme divorcée, dépréciée sur le marché du mariage halal, trouvera plus facilement preneur auprès d’un polygame qu’auprès d’un monogame par trop exigeant, tandis qu’une femme âgée n’aura pas à s’encombrer d’un mari à plein temps. Pragmatique, elle propose de mettre en place un contrat entre les co-épouses : en sus de favoriser le dialogue et la complicité entre ces dernières, ce contrat pour le moins baroque permettrait aux différentes parties d’offrir des solutions concrètes aux questions posées par la polygynie : combien de jours le mari doit-il passer avec chacune de ses épouses ? Les enfants respectifs des co-épouses doivent-ils avoir des relations entre eux ? Faut-il privilégier la séparation ou la sororité entre les co-épouses ? Quid de l’accès aux comptes bancaires ? Les épouses qui le désireraient seront-elles autorisées à poursuivre des études dans une université islamique ? Autant de questions qui doivent être résolues avant que d’entrer dans un mariage polygyne. Pas facile, toutefois, d’assumer ce curieux mode de vie, même dans une société libertaire où le polyamour est devenu tendance. Zainab bint Younus en sait quelque chose, elle qui, après son divorce, vient de se remarier avec un salafiste polygame.

A ceux qui voudraient lui faire croire que son mariage n’est pas un vrai mariage, elle répond que les mariages polygames du Prophète furent tout aussi valides que son mariage monogame avec Khadijah. Qu’il a aimé toutes ses femmes, les veuves comme les divorcés, les plus âgées comme les plus jeunes, les érudites comme les néophytes. Qu’il existe une polygamie heureuse. Qu’après tout, on est entre adultes consentants. Qu’il faut en finir avec l’obsession judéo-chrétienne de la monogamie et de l’amour chevaleresque.

Et que les préjugés ont toujours tort. Qui aurait cru, d’ailleurs, qu’un jour l’on verrait des féministes en niqab ?

Abu Bakr Al-Baghdadi, un wahhabite exemplaire

Article publié dans Causeur le 2 novembre 2016

Le calife autoproclamé de Daech obéit fidèlement au fondateur du salafisme.

Jamais la grande mosquée d’Al-Nuri, au minaret penché, que les habitants de Mossoul comparaient à la tour de Pise, n’avait connu pareil personnage. Un Irakien de la quarantaine, le teint bistre, les lunettes cerclées et la barbe noire bien taillée, le même qui quelques jours plus tôt avait menacé de détruire le célèbre minaret, priait maintenant devant une assemblée de fidèles.

La vieille cité de Mossoul avait été obligée d’ouvrir ses portes à cet ancien étudiant de l’université islamique de Bagdad qui avait été successivement professeur de Charia, frère musulman, insurgé irakien, membre d’Al-Qaïda et du conseil consultatif des moudjahidines en Irak, émir de l’État islamique d’Irak, ami d’Oussama Ben Laden, et enfin émir de cet État islamique en Irak et au Levant qui prétendait s’étendre jusqu’en Syrie.

Scène étrange

Étrange parcours qui devait, en ce jour de juin 2014, en pleine période de Ramadan, mener ce haut représentant du terrorisme sunnite à revêtir une abaya et un turban noir et à prier et prêcher sous les auspices du drapeau de l’autoproclamé État islamique – un drapeau noir où le sceau du prophète Mahomet côtoie l’inscription « Il n’est pas d’autre Dieu qu’Allah ». Prêche où il fut beaucoup question du Jihad, ce « devoir ordonné par Allah » qui, assura l’homme à son auditoire, « vous fera entrer dans des jardins sous lesquels poussent des roseaux ». Très vite, on annonça les couleurs : les armes devaient être distribuées pour lutter contre les ennemis d’Allah, qu’ils fussent polythéistes, chrétiens, juifs, ou bien tout simplement infidèles. L’apocalypse était paraît-il à venir, et la justice divine allait faire la part belle à ceux qui lutteraient dans les sentiers d’Allah.

L’étrange scène fut filmée, et fit vite le tour du monde. L’homme à l’abaya noire, c’était Abu Bakr Al-Baghdadi, et il venait de s’autoproclamer calife de l’État islamique sous le nom d’Ibrahim. Chose singulière que cette renaissance du califat, et plus singulière encore du fait que ce califat fantasmé par les salafistes djihadistes disciples d’Al-Baghdadi n’était point celui de l’Empire Ottoman, mais celui – jugé plus pur et plus raccord avec les principes originels de l’Islam, des Abbassides : peu importait cependant à ce calife de pacotille que le califat des Abbassides fût pour la civilisation islamique une grande époque de développement des arts et des lettres ; il ne s’agissait point pour le nouveau califat de prétendre renouer avec la haute civilisation Arabe, mais plutôt d’en épouser les plus noirs préceptes, à savoir la conquête et l’assujettissement de tous à la loi islamique.

S’inspirer du fondateur du salafisme

Et pour ce faire, quoi de mieux que de s’inspirer du fondateur du salafisme, Mohammed ben Abdelwahhab ? Ce prédicateur arabe du XVIIIe siècle, fondateur du mouvement qui porte son nom, le wahhabisme – mais que l’on connaît généralement mieux sous l’appellation de salafiste, par référence aux salaf, ces trois premières générations de musulmans qui pratiquèrent, paraît-il, un Islam de toute pureté – s’était distingué en son temps par ses prises de position particulièrement orthodoxes : à ses pairs, prétendument avilis et corrompus, il opposa les préceptes de l’école juridique sunnite la plus rigoriste qui fût, à savoir celle qui fut fondée au IXe siècle par Ahmad ibn Hanbal – l’école hanbalite.

Mais cela n’était guère suffisant : il fallait encore qu’il possédât une doctrine, un manuel de savoir-vivre wahhabite qui pût devenir le livre de chevet de ses sectataires : ce fut là le rôle donné au Kitab al-Tawhid – ou « Traité sur l’Unicité » – dans lequel Mohammed ben Abdelwahhab dénonça les idolâtres, le culte des saints et de leurs tombes alors pratiqué dans la péninsule arabique – le fameux polythéisme aujourd’hui dénoncé par Abu Bakr Al-Baghdadi -, mais aussi les sorciers – catégorie qui regroupait entre autres les voyants, les augures et les astrologues -, auxquels il faut ajouter les blasphémateurs, et les façonneurs d’images – promis à la Géhenne, et bien sûr les juifs et les chrétiens – accusés tantôt d’être des polythéistes, tantôt d’être des sorciers.

Le fondateur du wahhabisme était donc un dogmatique pour le moins sévère. Il ne négligeait pas non plus le droit islamique : comme Al-Baghdadi de nos jours, il suivait très assidûment les préceptes juridiques du jurisconsulte médiéval de la fin du XIIIe siècle Sheikh Taqi ibn Taymiyyah, lequel croyait à la très-haute autorité des salafs, attachait une grande importance au martyr et au djihad, distinguait clairement le domaine de l’Islam – dar-al-Islam – de celui des kouffars ou incroyants – dar-al-kufr -, et permettait que l’on qualifiât d’apostat quiconque n’agréait pas à ses vues sur l’Islam – que ce fussent les chrétiens, les juifs, les chiites, les soufis, ou bien encore les Mongols qui avaient conquis Bagdad en 1258, renversé le califat Abbasside, et qui ne respectaient pas scrupuleusement la Charia ; par surcroît, il préconisait de convertir les non-musulmans ou de leur imposer une jizya – c’est-à-dire un impôt – en cas d’insoumission ; il s’agissait aussi, évidemment, de voiler entièrement les femmes.

Ainsi imprégné de la plus rigoriste des doctrines hanbalites moyenâgeuses qui fût, le fondateur du wahhabisme devint un homme influent en s’alliant avec Mohammed ben Saoud, le premier de la dynastie des Saoud. Les wahhabites s’emparèrent ensuite de la Mecque et de Médine, et infusèrent leur doctrine dans le Royaume d’Arabie Saoudite créé au début du XXe siècle.

Le plus exemplaire des wahhabites

Revenons à Abu Bakr Al-Baghdadi : de l’eau a coulé sous les ponts depuis ce vendredi noir de Ramadan où il annonça aux fidèles de la grande mosquée de Mossoul le rétablissement du Califat, et si des distances ont été prises avec l’Arabie Saoudite wahhabite – trop conservatrice pour apprécier les velléités révolutionnaires d’Al-Baghdadi – et Al-Qaïda – qui n’a jamais eu la volonté de construire un État -, le wahhabisme reste le ciment commun du royaume saoudien, de maintes organisations terroristes – Al-Qaïda, Boko Haram, les Talibans – et de l’Etat islamique du calife autoproclamé.

Abu Bakr Al-Baghdadi peut même se targuer d’être devenu le plus exemplaire des wahhabites : fort d’un trésor de guerre d’un demi-milliard de dollars – fruit d’une quinzaine de puits de pétrole – et d’un territoire presque aussi grand que celui du Royaume-Uni, le calife wahhabite a pu assujettir tout un peuple à la doctrine aussi dangereuse que néfaste de son père spirituel, Mohammed ben Abdelwahhab : l’éducation de la jeunesse du califat n’a point été négligée : elle apprend désormais tantôt le maniement de la kalachnikov, tantôt les préceptes du salafisme révolutionnaire ; l’art et la musique, diaboliques par essence, ont été proscrits ; et surtout, la Charia a été très strictement mise en place : des décapitations, des crucifixions et des lapidations d’infidèles et d’apostats ont lieu régulièrement sur la place publique : rien qu’au mois d’octobre, un garçonnet de onze ans, voleur du dimanche, a vu sa main coupée, tandis que des « apostats » ont été décapités ; une brigade des mœurs dirigée par des femmes, la brigade Al-Khansaa, a été mise en place : copie féminine de la police religieuse d’Arabie Saoudite, elle distribue d’improbables châtiments aux femmes qui auraient le malheur de ne pas respecter scrupuleusement la Charia – porter du maquillage, notamment, est un crime qui, à Raqqa comme à Mossoul, peut vous valoir des coups de fouet.

C’est donc un fort bon élève de Mohammed ben Abdelwahhab que cet Abu Bakr Al-Baghdadi ; c’est un Salaf qui ne fait point de compromis ; c’est un wahhabite exemplaire. Plus exemplaire que les Saoud car peu lui chaut de paraître infréquentable aux yeux de l’Occident. La Légion d’honneur et le palais de l’Élysée, c’est l’apanage du royaume wahhabite saoudien. Le wahhabite de Mossoul, lui, préfère couper des têtes en toute quiétude – jusqu’à la chute de son bastion irakien, du moins, car la bataille de Mossoul bat son plein.

La cyber-radicalisation des «revert muslimah» Du mariage halal au mariage avec Daech

Article publié dans Causeur le 21 octobre 2016

Maria, une jeune anglaise ex-chrétienne s’est mariée dans un milieu islamiste radical. Et ce n’est pas un cas isolé. Portrait de daechiennes.

À lire son compte Twitter rose bonbon, Maria, une jeune anglaise née en 1995, possède tous les atouts d’une future mère poule : quand elle ne tient pas des propos lénifiants sur le mariage – « l’amour est inconditionnel », « mon mari est si mignon », elle réfléchit au prénom qu’elle donnera à son premier enfant et s’extasie sur des photographies de crépuscules dans des palmeraies. « La création d’Allah est belle », pérore t-elle dans un anglais mâtiné d’arabe.

La jeune fille est une « revert muslimah » : chrétienne convertie depuis peu à l’Islam, elle considère toutefois qu’elle a toujours été musulmane. Mariée à un musulman pas très modéré, elle répète à l’envi que c’est grâce à l’Islam – qui est beau et parfait – qu’elle est passée de l’ombre à la lumière.

Terrorisme et réseaux sociaux

Les péripéties françaises du mois d’août sont l’occasion pour elle de s’insurger contre ces policiers qui, sur les plages de la Côte d’Azur, obligent les musulmanes en burkini à se déshabiller devant tout le monde. Il ne faut pas lui faire l’affront de ne pas comprendre que « c’est par amour pour son mari que l’épouse couvre son visage » : celles de ses « sœurs » qui la suivent sur twitter, des « revert muslimah » pour beaucoup, portent comme elle le hijab, si ce n’est la burqa, et elles n’en sont pas peu fières. « Les femmes musulmanes sont les diamants de l’Islam, et personne ne dévoile ses diamants aux étrangers » arguent-elles.

L’on serait tenté de croire, à lire un peu trop vite ses propos souvent exaltés, que Maria n’est qu’une bigote parmi d’autres, qui aurait trouvé en l’Islam fondamentaliste une famille peut-être plus soudée que la sienne, et surtout l’identité dont elle avait besoin – elle qui vient d’un monde où la dépersonnalisation est de plus en plus forte, et où le vide spirituel est abyssal.

Mais Maria ne se contente pas d’être radicale : elle ne se contente pas de chanter les louanges de la burqa et du hijab, ni de répéter que l’Islam est la plus belle religion qui soit – et peut-être la seule.

Sa twittosphère – j’entends par là sa communauté de twitteurs – est à relents d’Al-Qaïda et d’Etat Islamique.

Un djihadiste nommé… Jihad

Ses twitteurs préférés ? Abdullah Al Noaimi, un ancien d’Al-Qaïda, et Jihad Matchmaker, un marieur de l’Etat islamique. Abdullah Al Noaimi est un barhreïni anciennement prisonnier à Guantanamo pour ses liens avec Al-Qaïda. Relâché en novembre 2005, il est rapatrié au Bahreïn et fait très vite partie des soixante-quatorze anciens prisonniers de Guantanamo alors cités par le Pentagone comme étant probablement engagés dans une activité terroriste ou militante. Il a ensuite été prisonnier en Arabie Saoudite et tient un compte twitter depuis sa libération. Maria s’y est abonnée en septembre 2016, et lit désormais les écrits de cet homme peu ordinaire qui, lorsque qu’il ne plaide pas pour la libération des prisonniers de Guantanamo – et notamment pour celle de Muhammad Rahim al Afghani -, se révèle très proche de l’Etat Islamique : militant, il relaie une photographie d’Issam Zahreddine, général de l’armée du gouvernement syrien, où l’on voit ce dernier, qu’Al Noaimi qualifie de « boucher de Poutine » poser devant des soldats mutilés de l’Etat islamique. Le message est clair : voici nos martyrs.

Il faut dire que Maria suit très assidûment l’actualité syrienne, et pas n’importe laquelle : elle est abonnée au compte twitter d’un certain « Happy News », basé dans la « Syrie libre » – probablement à Alep. L’information est évidemment anti-Poutine et anti-Assad. L’Etat islamique n’est pas soutenu officiellement, mais l’on sait que la frontière entre rebelles anti-Assad et militants du Califat est parfois poreuse. Ce n’est pas « Happy News » qui dirait le contraire : à un twitteur qui lui explique qu’il condamne les « erreurs » de l’Etat Islamique tout en étant persuadé que l’organisation est « Haqq » – un mot arabe qui signifie vérité -, il répond : « Je ne suis pas un supporteur de l’Etat Islamique, en fait je ne les aime pas et je n’aime pas leurs méthodes. Cependant, tu as raison, ils sont sur la bonne voie. C’est triste mais vrai. »

Mariages halal

Mais « Happy News » assure ses arrières. Il sait qu’il ne peut soutenir officiellement l’Etat islamique. Pourtant, si l’on remonte le temps à l’année précédente, l’on s’aperçoit qu’il officiait alors sous le pseudonyme de « Jihad Matchmaker » et avait alors pour mission d’arranger des mariages entre des militants anti-Assad et de jeunes musulmanes occidentales désirant partir en Syrie.

« Soutenez Jihad Matchmaker, ce service est pour tous les moudjahids et les sœurs qui veulent faire des rencontres « halal » », écrivait le marieur djihadiste avant de donner quelques conseils aux futurs mariés :

« L’alliance est un symbole de mariage pour les kouffars, ce n’est pas haram ». « Vous n’avez pas besoin d’être un soldat. Si vous ne pouvez pas vous battre nous avons aussi besoin de médecins, d’ingénieurs, etc. » précisait-il à l’attention des futurs maris soucieux de rejoindre la Syrie.

Parmi les aspirants au mariage halal, beaucoup voulaient rejoindre la Syrie pour combattre dans les rangs de l’Etat islamique. D’autres étaient déjà sur place, et leur vie de guerrier ne leur laissait guère le temps de trouver une femme : Jihad Matchmaker était là pour les y aider. Le twitteur syrien – qui précisait toutefois que « Jihad Matchmaker est pour tous ceux qui veulent faire un mariage halal, pas uniquement pour l’Etat islamique » – était devenu une véritable agence matrimoniale au service – notamment – de l’Etat Islamique.

C’est d’ailleurs en « surfant » sur le compte twitter anglophone de Jihad Matchmaker, que Yusra Hussein, une jeune bristolienne de quinze ans, s’était envolée vers la Syrie pour devenir l’épouse d’un djihadiste. Depuis, plus de nouvelles, au grand dam de sa famille.

Les amies de Maria rêvent d’un mariage halal

On ne sait si Maria, qui vit en Grande-Bretagne, a utilisé les services de cette étrange agence matrimoniale, qui a fermé ses « portes » il y a peu. Mais elle gravite dans un petit monde radical où il est devenu de style de porter le voile intégral et de rêver d’un mariage halal à la sauce Jihad Matchmaker.

Aïcha, l’une de ses amies, qui la suit sur Twitter, est elle aussi britannique. Elle tient un blog où elle raconte sa vie de « revert muslimah » – elle vient d’une famille musulmane, pourtant. Mais trop modérée à ses yeux. Pour cette jeune fille, on ne plaisante pas avec l’Islam : faire sa prière cinq fois par jour et participer aux fêtes religieuses, cela n’est guère suffisant ; depuis qu’elle est « tombée » sur une vidéo YouTube expliquant en quoi les chansons de variétés qu’elle écoute durant son temps libre ne sont pas haram, elle a eu une révélation : elle a supprimé les 400 chansons que contenait son Ipod et s’est mise à entendre des « Allahu Akbar » durant son sommeil ; surtout, elle s’est mise à regarder Peace TV, une chaîne de télévision basée à Dubaï et aux Emirats-Arabes-Unis : elle s’est imbibée des flots de paroles de Zakir Naik, un imam salafiste indien qui prêche régulièrement sur la chaîne – dont il est le fondateur – et qui professe entre autres la suprématie de l’Islam, la diabolisation de la musique et de la danse, l’amputation des mains des voleurs, le droit pour les musulmans de battre leurs femmes et d’avoir des esclaves sexuelles, et la peine de mort pour les homosexuels. Zakir Naik aurait tort de s’arrêter en si bon chemin : il ajoute que les attentats du 11 septembre 2001 ont été « orchestrés par George W. Bush », qu’Ousama Ben Laden est un héros qui combat les ennemis de l’Islam et que « tous les musulmans doivent être terroristes ».

Aïcha ne fait pas l’unanimité dans sa famille : elle est comparée aux « cousins du Bangladesh ». Il faut dire qu’elle tient des propos peu amènes : « Puisse Allah détruire ce qui n’apporte rien d’autre au monde que le démon et la corruption », prie t-elle. Le mariage halal, pour elle, ce sera dans quatre ans, quand elle aura fini ses études.

Maéva, marieuse de l’Etat islamique

Il n’est pas rare, dans le milieu de Maria et d’Aïcha, de voir de très-jeunes filles désirer se marier avec un soldat du Jihad, quitte à acquérir le statut très-glorifiant de « veuve de martyr » – « les veuves de martyr, vous valez très cher à nos yeux » assénait Jihad Matchmaker du temps de son activité.

Nul n’est besoin, pour favoriser les rencontres, d’une cour assidue : il suffit, comme du temps de Jihad Matchmaker, d’un téléphone portable et d’une connexion internet pour mettre en relation de jeunes occidentales fascinées par le Jihad avec leurs futurs maris, ces « héros » de l’Etat Islamique qui se font pour l’occasion photographier avec leurs kalachnikovs.

C’est ce qu’a fait Oum Zahra, alias Maéva, une jeune française de vingt-et-un an partie l’année dernière en Syrie pour faire office d’agence matrimoniale au service de l’Etat Islamique. Elle est aujourd’hui sous le contrôle de la police française.

Que deviennent les mariées du Califat une fois arrivées en Syrie ?

Jihad Matchmaker et Oum Zahra ne sont que des exemples parmi d’autres. Pour l’Etat Islamique, le mariage des guerriers est une question de survie : il faut permettre le repos du guerrier, d’abord, mais surtout assurer une descendance qui sera élevée dans l’idéologie du Califat, et qui pourra forger un peuple. Bref, il leur faut un Lebensborn façon islamiste. Inutile de dire à des jeunes filles telles que Maria ou Aïcha, qui rêvent surtout d’un mariage halal, d’une belle maison et d’un mari aimant, que c’est une vie de douleur qui les attend. Les marieurs de l’Etat islamique prennent grand soin de ne pas dévoiler la vérité.

C’est une fois arrivées en Syrie que les mariées du Califat déchantent. Elles qui fantasmaient sur le Coran ne voient plus que des armes ; elles qui voulaient une belle maison vivent dans des couveuses surveillées par des miliciennes ; et elles qui rêvaient d’un mari aimant se marieront avec des combattants uniquement occupés à tuer, à procréer – car il faut bien assurer l’avenir – et à s’offrir les services d’esclaves sexuelles achetées à bas coûts à des trafiquants de chair humaine.

A tel point qu’il s’agit désormais pour l’Etat Islamique non plus tant d’attirer des femmes que de les empêcher de partir.

Le Molenbeek néerlandais existe, Zeegers l’a rencontré. Quand un journaliste de gauche découvre le salafistan

Article publié dans Causeur le 28 septembre 2016

Prenez un journaliste néerlandais bien sous tous rapports. Immergez-le dans une ex-banlieue ouvrière de La Haye devenue un ghetto salafiste. Vous obtenez un livre-témoignage certes édifiant mais qui ne rompt pas vraiment avec la culture de l’excuse …

Lorsque Maarten Zeegers, journaliste néerlandais pour le Volkskrant et NRC Handelsblad, et sa femme syrienne Sarah décident de s’installer dans le quartier de Transvaal, à La Haye, pour des raisons financières, ils découvrent un véritable Molenbeek hollandais : dans cet ancien quartier de la classe ouvrière blanche où il y a aujourd’hui 90% d’étrangers – dont 75% de musulmans -, un appel tonitruant à la prière retentit tous les vendredis et des versets coraniques ont remplacé les affiches publicitaires. Difficile de s’intégrer dans pareil quartier quand on est un trentenaire néerlandais de souche. Sauf à se faire passer pour musulman. Ce qui est plutôt chose aisée pour Maarten Zeegers, un brun aux yeux marrons qui pourrait facilement passer pour un Arabe, et qui connaît de surcroît parfaitement la langue arabe depuis qu’il a couvert la révolution syrienne.

Comment on devient salaf

C’est ainsi que Maarten Zeegers, qui prévoyait alors d’écrire un livre-témoignage sur son expérience, se laisse pousser la barbe, se lève tous les matins à cinq heures pour faire sa prière, mange hallal et va même jusqu’à réciter le Coran dans son bain. Très vite, le journaliste, naguère jugé peu fréquentable parce que non-musulman, se fait de nouveaux amis, qui l’appellent « frère » et sont ravis de l’accueillir dans leur mosquée. Chez les jeunes musulmans du Transvaalkwartier, le salafisme est populaire : la drague n’étant pas autorisée, on se marie très jeune, quitte à se séparer après avoir consommé le mariage ; la musique est proscrite, de même que le maquillage. Des départs pour la Syrie, il y a en déjà eu des dizaines, et cela ne fait que commencer car à la mosquée salafiste Qeba – que Maarten Zeegers fréquente – les prêches sont très virulemment pro-jihad. Si l’imam prêche en néerlandais, s’il est, de l’avis de Marteen Zeegers, « ultra-drôle et ultra-accro à WhatsApp », il n’en est pas moins farouchement opposé à la démocratie – coupable d’être contraire à la volonté d’Allah.

Avec de pareils voisins, l’on comprend que les derniers néerlandais aient déserté le quartier. Pas tous, certes. Maarten Zeegers, en habit de musulman, y est resté trois ans. Le temps pour lui de fréquenter les salafistes d’un peu trop près, et de leur trouver des excuses, eux qui ont « leurs propres idées, leurs propres rêves » et qui sont motivés par la religion mais aussi par la « dimension humaine ». C’est forcément beaucoup plus facile quand les choses vont mal aux Pays-Bas. » Ajoute t-il. « Pas d’emploi, des dettes, un passé dans le monde de la drogue, des délits, … Si en plus, vous avez une motivation religieuse – quand vous mourrez sur place, vous allez au paradis et tous vos péchés sont lavés- le choix est encore plus facile à faire. Je comprends vraiment ces gens-là. Et peut-être… Si j’avais été vraiment musulman, j’aurais peut-être fait le même choix ».

Ce que constate Maarten Zeegers, c’est que les choses vont mal au Transvaalkwartier : les musulmans peinent à s’assimiler et les hollandais préfèrent fuir vers des quartiers où le multiculturalisme est moins prégnant. D’où un repli identitaire chez les musulmans. La suite, c’est le chômage, la délinquance, la drogue, et bien sûr, comme il faut bien s’en sortir laisse t-il à penser, le Jihad. C’est là un glissement un peu dangereux, et nombreux sont les politiciens et les journalistes, en France, qui cherchent aussi à expliquer le terrorisme islamiste par la pauvreté et le rejet. Les réactions médiatiques ayant fait suite aux attentats de Nice sont à cet égard fort significatives : le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) s’inquiète aussitôt après lesdits attentats des « mouvements racistes et identitaires » qui séviraient en France, tandis que le journaliste Edwy Plenel craint une réplique de l’ultra-droite et que d’autre s parlent de renforcer le « vivre-ensemble ». C’est évidemment sous-entendre que le terreau du terrorisme islamiste serait français, tout comme Maarten Zeegers laisse entendre que c’est parce que « les choses vont mal aux Pays-Bas » – comprendre, parce qu’il y a de l’endettement, du chômage, de la précarité, de l’intolérance, du rejet, etc – que le terrorisme fait des émules parmi les populations prétendument rejetées.

Qui exclut qui ?

Il serait de bon ton de rappeler que du temps que le Transvaalkwartier était un quartier d’ouvriers blancs, construit entre 1900 et 1935, l’endettement, la pauvreté, la précarité, voire la condescendance des classes plus riches étaient monnaie courante ; de même faudrait-il se ressouvenir de ce que dans les mêmes années à Saint-Denis les immigrés bretons et espagnols vivaient dans des foyers insalubres où il n’était pas rare d’attraper la tuberculose … Les choses, de ce point de vue, allaient plus mal qu’aujourd’hui. Les gens étaient miséreux, et non point nourris aux allocations. Pour s’en sortir, ils n’allaient pas « faire le Jihad » – ce qui eût été pour eux tout à fait incompréhensible, autant qu’ hors de leur champ culturel et religieux – mais ils travaillaient, s’entraidaient, votaient pour le Front populaire.

Que les choses aillent mal aux Pays-Bas dans les quartiers les plus populaires, qu’il y ait de la pauvreté et de l’exclusion en Seine-Saint-Denis, c’est certain. Mais ce sont des quartiers qui ont connu pire. Aujourd’hui si des musulmans radicalisés issus de ces quartiers réputés difficiles s’envolent pour la Syrie, ce n’est nullement, contrairement à ce qu’affirme Maarten Zeegers, pour échapper à la précarité et à l’exclusion. Ce n’est pas un pays de Cocagne que cherchent les djihadistes, mais un pays guerrier. Ce n’est ni la pauvreté ni l’exclusion qu’ils cherchent à tout prix à éviter, mais la fréquentation des chrétiens, des juifs, des athées, bref de tous les infidèles. Ces gens-là ne veulent pas du vivre-ensemble. Et ni les Néerlandais ni les Français ne sauraient être coupables d’intolérance envers des soldats étrangers qui – au nom de l’Islam – veulent détruire leur civilisation et leur peuple.

Maarten Zeegers lui-même devra bien convenir que, depuis la sortie de J’étais l’un d’eux en avril 2015, et surtout depuis qu’il s’est dévêtu de ses habits de salafiste, il n’est plus le bienvenu à la mosquée Quba du Transvaalkwartier. Il est allé vivre dans une autre ville. Preuve, s’il en est encore besoin, qu’au Transvaalkwartier on préfère l’entre-soi, et que là-bas comme en France, le vivre-ensemble n’est qu’un leurre.